Tarfaya's Blog

December 3, 2009

Reportage. Tarfaya, l’ex de Saint Ex… 2008

Filed under: Uncategorized — tarfaya @ 9:14 pm
Par Hassan Hamdani, envoyé spécial
 
(YASSINE OMRI)

Le fantôme de l’aviateur Saint Exupéry plane sur Tarfaya. L’auteur du Petit Prince a joué les filles de l’air, laissant la ville clouée au sol, les yeux rivés au ciel.

Trois gamins escaladent un avion à la dimension d’un jouet, s’accrochant aux ailes pour tromper l’ennui d’un dimanche brumeux à Tarfaya. “C’est un gosse qui l’a construit !”, s’exclame l’un d’entre eux. La vérité sort de la bouche des enfants. Ou presque. Posé sur la plage, le monument miniature est dédié à l’écrivain Antoine de Saint Exupéry, le père de l’un des plus célèbres bambins de fiction au monde : Le

Petit Prince. Agrippés à un morceau de fer rouillé par les embruns marins, les enfants de Tarfaya manquent de respect au mythe, en toute naïveté. Ils ignorent que le personnage du renard, ami du Petit Prince, c’est le fennec apprivoisé par Saint Ex durant son séjour à Tarfaya à la fin des années 20. La ville n’existe pas à l’époque. Et l’endroit s’appelle Cap Juby. Un simple point de ravitaillement de l’Aéropostale, compagnie où des pionniers de l’aviation acheminent au péril de leur vie le courrier de Toulouse à Saint-Louis du Sénégal. Antoine de Saint Exupéry est l’un de ces aviateurs. Pilote déjà et écrivain en devenir, il est nommé à Cap Juby en tant que chef d’escale de la compagnie. C’est là, écrit-il, qu’il s’est réveillé un jour de 1927 “dans cette étendue blonde où le vent a marqué sa houle comme sur la mer”. Ce paysage, resté immuable, a séduit le réalisateur Daoud Aoulad Syad, amateur de no man’s lands, qui y a posé ses caméras pour son film Tarfaya. Du sable à perte de vue, éternel tel une carte postale littéraire écrite par Saint Ex. À peine écornée par l’essor de Cap Juby, spot mythique de l’histoire de l’aviation, devenu une bourgade morne de 5600 habitants. “Tarfaya vit l’histoire à reculons. La ville, qui était une préfecture, a été rétrogradée au rang de bachaouia”, regrette Sidi Othman Eddana, vice-président des Amis de Tarfaya, association qui espère redonner son lustre au lieu.

À l’ombre du Petit Prince
Mais la langue administrative se moque bien des légendes. Docile et non contestée, Tarfaya a rejoint le giron du Maroc en 1958 sans anicroche, pour être ensuite délaissée au profit de Laâyoune, distante de 100 kilomètres et objet de toutes les attentions des autorités. Tarfaya est depuis scotchée sur la route, en panne sèche, oasis facultative pour les touristes en direction de Dakhla. Végétative comme une ville de garnison. Un militaire en faction chasse des intrus qui ont franchi la frontière de plots en béton protégeant la caserne de la ville. “Cela arrive souvent avec les touristes égarés”, signale, distrait un sous-officier de la place. Sinon, R.A.S. en langage militaire.

Saint Exupéry, lui, n’a pas eu droit à cette paix royale. C’est l’aventure qu’il était venu chercher à Cap Juby à la fin des années 20, avant qu’elle ne disparaisse à jamais sous les décombres de la dernière guerre romantique, celle de 1936 en Espagne. Insomniaque, Saint Ex rédige Courrier Sud dans sa baraque au pied des murs protecteurs de la caserne espagnole, bercé par les “alerta sentinela” répétés de quart d’heure en quart d’heure aux tours d’angle de la garnison. “J’ai passé des nuits en dissidence”, écrit-il, chargé de négocier avec les tribus locales la rançon des aviateurs de l’Aéropostale échoués en territoire ennemi. Cet art de la diplomatie sévit toujours dans le désert, mais l’argent des otages tombés du ciel a été remplacé par les espèces sonnantes et trébuchantes du Maroc. “En distribuant des emplois fictifs, l’Etat a créé une génération de rentiers, mais n’a pas réglé le problème du chômage des jeunes”, se plaint un acteur associatif local, qui avait séjourné en prison de 1975 à 1977, soupçonné d’être un partisan du Polisario. Cette “dissidence” ne serait plus à la mode à Tarfaya. “Ici, 90% de la population est au chômage, déplore Sidi Othman Eddana. Les jeunes réclament surtout un travail. Comme ils n’en trouvent pas, ils fuient la ville”. Et le spleen du désert qui, avant eux, avait frappé Saint Ex : “Ces coulisses du Sahara, ornées de quelques figurants, m’ennuient comme une banlieue sale”, écrit-il à sa mère en 1927.

Dessine-moi un touriste
L’artère principale de la ville, l’une des seules rues goudronnées, est déserte, à l’exception de rares clients attablés dans les cafés qui la jalonnent. Tout Tarfaya déambule sur le front de mer, où se tient le premier festival consacré à Saint Exupéry : les Nuits musicales de Cap Juby. C’est le dernier acte en date vers une réhabilitation de la mémoire de l’Aéropostale, initiée avec l’ouverture d’un musée dédié à l’écrivain-aviateur en 2004. L’hommage se tient sous des cieux très cléments : “Sous le haut patronage de SAR Moulay El Hassan (ndlr : une première), car Antoine de Saint Exupéry est l’auteur du Petit Prince”, justifie Sadat Chaïba, juché sur la scène en avant-propos du concert de l’Orchestre philharmonique du Maroc. L’homme est devenu le représentant, à Tarfaya, de la Fondation Latécoère, ancêtre de l’Aéropostale, après avoir été l’un des nombreux diplômés chômeurs de la ville. Sadat Chaïba a su rebondir sur l’impact du Petit Prince, dont un million d’exemplaires sont vendus chaque année, mais aussi sur l’aura de l’Aéropostale, entretenue à travers le monde par de nombreux passionnés d’aviation. Les autorités lui ont emboîté le pas en faisant “coïncider” les Nuits musicales de Cap Juby avec l’arrivée du Rallye aérien Toulouse – Saint-Louis du Sénégal, un hommage à l’Aéropostale qui fait chaque année étape à Tarfaya. Dans les bagages du rallye, Olivier Dagay, petit-neveu de Saint Exupéry et responsable de la succession de l’écrivain : “Nous allons créer une association des amis de la ville pour réunir des fonds et rassembler des compétences, afin d’aider tout projet de développement dans la région”, annonce-t-il tel un lobbyiste. “Nous espérons développer le tourisme grâce à la ligne maritime qui ouvrira courant octobre entre Tarfaya et les Iles Canaries, précise Mahjouba Zoubeïr, membre de l’organisation du Festival. Ce sera un tourisme authentique, bâti sur le séjour en bivouac”. De toute manière, il ne peut en être autrement : Tarfaya ne compte aucun hôtel. Après les airs, l’ex-Cap Juby compte tout de même beaucoup sur ce salut par la mer…

 


Marche verte. Un kilomètre à pied, ça use…

Comme toutes les villes marocaines, Tarfaya a son boulevard Al Massira Al Khadra. Sauf qu’ici, ce n’est pas le résultat d’un manque d’imagination de l’administration. Le nom se justifie, Tarfaya étant la ville starting-blocks de la Marche verte. Même si beaucoup des 350 000 participants n’ont jamais fait la première foulée, si ce n’est les cent pas sur la plage où ils logeaient sous des tentes. “La majorité était encore coincée à Tarfaya quand le signal de fin de la Marche a été donné”, se souvient cet habitant de la ville. “Des marcheurs voyaient la mer pour la première fois. Certains s’y sont même noyés”, ajoute Yara Hamdi, artisan local, quinze ans au moment des faits. Ce dernier rêve d’une commémoration spectaculaire pour marquer “cet évènement d’envergure internationale”. Ce serait pour lui une chance de “fourguer” sa reproduction en argent d’un monument de la ville, oeuvre qu’il n’a pas réussi à vendre malgré le battage fait autour du Festival de Tarfaya. L’idée d’un évènement médiatique autour de la Marche verte semble d’ailleurs se préciser du côté de la wilaya de Laâyoune. Les festivités seront sans doute grandioses, vu le zèle qui entoure le symbole. En tout cas plus que l’exposition photo en marge des Nuits musicales de Cap Juby. Des clichés de mauvaise qualité, vus et revus et, surtout, dénichés sur google.com

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