Tarfaya's Blog

December 1, 2009

Dans les sables de Tarfaya, l’empreinte du « Petit Prince » … date de publication : La-Croix vendredi 20/01/2006

Filed under: Uncategorized — tarfaya @ 11:19 pm

FICATIER Julia Aux portes du désert marocain, Antoine de Saint-Exupéry est toujours présent. Tarfaya (Maroc), reportage de notre envoyée spéciale.

«Une fois vue, Tarfaya, cité endormie, perdue au bord de l’Atlantique, à l’extrémité sud du Maroc, ne peut être oubliée. » Clamer ainsi son amour pour sa petite bourgade, c’est pour Shaibata, la trentaine, réveiller sa beauté, ses charmes inattendus et peu connus. Le jeune homme a raison : dès l’arrivée à Tarfaya par un jour de tempête de sable, colorant la ville et la large plage qui la borde d’un halo doré, on va, ému, de découverte en découverte.

Ainsi surgit au bout de la plage une superbe maison de pierre inattendue, sorte de petit château aux murs crénelés, battu par les brisants, légèrement en ruines, la Casamar, contraction sans doute des mots espagnols « casa del mar », que l’on peut rejoindre à pied, à marée basse. Elle a été construite par un riche commerçant britannique… en 1888 ! La date, bien visible, est gravée sur la façade. Peu importe que Shaibata, surnommé « Sadat », ne sache pas si « l’Anglais », quelque peu aventurier, avait ses propres bateaux ou s’il vendait ses marchandises aux navires de passage, la gomme, le sel, les peaux de chèvre, achetées aux tribus maures !

Marchant sur le sable, on se met à rêver à ces temps lointains qui nous ramènent deux cents ans en arrière, à ceux, plus récents, du siècle dernier. Car, intrigué par la bâtisse, on heurte sans le voir un petit monument en tôle verte, dédié à la mémoire de l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry qui fut d’abord l’un des premiers pilotes de l’Aéropostale à transporter entre les deux guerres le courrier de Toulouse à Dakar en faisant escale à Tarfaya. Qui se souvient que Saint-Ex s’est fait tirer dessus par des nomades, des Maures insoumis, dit-on, et qu’il a été contraint d’atterrir en catastrophe ici, sur cette plage ? Il a même été fait prisonnier quelques jours.

La mémoire revient grâce à quelques enfants, curieux, qui dans un français mélangé d’arabe vous disent : « Tarfaya, tu ne sais pas toi, mais c’est Cap Juby. La ville s’appelait comme ça autrefois ! » Cap Juby, bien sûr ! Halte obligée pour Saint-Exupéry qui y est resté dix-huit mois en tant que chef d’escale. Il y négociera avec les tribus maures les libérations de ses copains pilotes, prisonniers de ces mêmes Maures.

Ces enfants sont-ils les descendants du « Petit Prince » imaginé ici, dans ce désert, dont la maison se trouvait sur l’astéroïde B612 ? Un chiffre-souvenir de son avion qui portait le code A612… Ici, en cette terre oubliée, Saint-Exupéry a eu tout le temps pour écrire son livre le plus célèbre Courrier Sud et « filer le soir chez l’épicier Moron qui vendait du vin, y prendre un verre avec le grand Mermoz. C’est à Tarfaya qu’est née l’amitié entre les deux hommes ». L’histoire est rappelée par Sadat qui vous emmène devant l’épicerie transformée depuis longtemps en une demeure privée, dont la porte aussi haute que la maison est peinte en un bleu presque fluo.

Sadat s’est transformé tout d’un coup en conteur. De l’avis de Mohammed, l’un des jeunes de la ville, « il est l’homme qui sait tout. C’est notre mémoire ». Et Sadat de faire revivre Cap Juby, longtemps aux mains des Espagnols. Il y a l’ancien fort espagnol aux faux airs d’Alhambra de Grenade miniature, repris aujourd’hui par l’armée marocaine. Il fait une confidence à voix basse : « Vous savez, raconte-t-il, il y avait, collée au fort, à côté de l’Église, une petite chapelle dédiée à la Sainte Vierge où les militaires espagnols et les marins venaient prier. Malheureusement elle a été détruite », se désole-t-il.

Et même s’il est fier que Tarfaya ait depuis dix-huit mois à peine son petit musée – dont il s’occupe aussi – créé de toutes pièces par l’association française Mémoire d’Aéropostale (lire ci-contre), en hommage aux pionniers de l’aviation française et surtout à Saint-Exupéry dont on voit les photos partout à l’intérieur, Sadat regrette « les jardins à l’espagnole qu’il y avait autrefois à son emplacement » dont il ne sait toujours pas pourquoi ils ont été détruits par les militaires marocains.

Jouxtant le petit musée, se trouve une salle de cinéma et son bar mitoyen, presqu’en ruine, où l’on aperçoit encore quelques lambeaux de vieilles affiches du cinéma construit en 1937 par les Espagnols, fermée à plusieurs reprises, totalement abandonnée depuis 1993… Ce cinéma appartient à la famille de Sadat. Il y est venu aujourd’hui avec un Français de Marrakech, Gonzague de Fontenay, architecte-décorateur, sous le charme de cette ville « hors du temps » et qui rêve d’y créer un cinéma en plein air. Pour Sadat, voilà la preuve que sa « chère Tarfaya va revivre. Elle ne peut mourir, son nom vient en arabe de “Tarfa”, un arbuste résistant que l’on trouve dans le désert ».

JULIA FICATIER

Le souvenir des pilotes de l’Aéropostale

Installer des musées à chaque escale mythique de la première ligne postale aérienne créée à partir de Toulouse par le pilote Pierre-Georges Latécoère, cela a été le grand rêve de l’association française « Mémoire d’Aéropostale ». Cinq musées ont déjà été inaugurés, réunissant chacun des expositions de grande qualité : à l’aéroport de Toulouse-Blagnac ; à Tarfaya (ex-Cap Juby, lire ci-contre) et Rabat au Maroc ; à Nouadhibou (ex-Port-Étienne) en Mauritanie ; et à Saint-Louis (Sénégal). Ce projet va se poursuivre à Oran et en Amérique du Sud : Rio de Janeiro, Montevideo, Buenos-Aires et Santiago du Chili.

Julia Ficatier

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